Le Prix franceinfo de la BD d’actualité 2026 décerné à « On ne parle pas de ces choses-là » de Marine Courtade et Alexandra Petit
Le Prix franceinfo de la bande dessinée d’actualité 2026 a été attribué à l’album « On ne parle pas de ces choses-là ». Marine Courtade signe le scénario, Alexandra Petit le dessin, avec une delicate simplicité qui accompagne un récit lourd. Cette BD explore un sujet encore trop souvent passé sous silence : l’inceste.
Depuis plus de 30 ans, le prix récompense des ouvrages qui n’ont pas peur d’aborder les questions difficiles. Cette année, la mise en lumière de ce tabou familial fait réagir. Le travail de Marine Courtade interroge sur les raisons du silence et les mécanismes de l’omerta.
L’album, publié chez Casterman et La Revue dessinée, frappe par la douceur de ses images et la profondeur de son enquête intime. Un récit qui invite à la discussion et à la compréhension.
« On ne parle pas de ces choses-là » : une BD qui brise le silence sur l’inceste
Marine Courtade revient sur une histoire personnelle et douloureuse. Le grand-père, figure de l’effroi, a abusé de plusieurs membres de sa famille, dont la scénariste elle-même. Ce n’est pas un simple récit de faits, mais une exploration de pourquoi la famille reste muette malgré la révélation.
Lorsque la violence éclate au grand jour, la réaction ne provoque pas pour autant une prise de conscience collective. Le silence demeure lourd, les secrets étouffent. Cette BD trace le contour d’un tabou tenace, souvent ignoré ou minimisé.
La scénariste entend montrer que le vrai combat commence dans la parole. Pourquoi cette famille a-t-elle laissé la récidive se produire ? Pourquoi si longtemps tout le monde a-t-il préféré détourner le regard ?
Un travail d’enquête familiale au cœur du récit
Marine Courtade a mené un véritable travail de recherche en interrogeant ses proches. Ce n’était pas simple bien sûr. La démarche a parfois été reçue avec méfiance, voire tension. Pourtant, les témoignages récoltés dévoilent une complicité conflictuelle, une volonté fragile d’effacer les blessures.
Le récit tient aussi de ce déchirement, ce va-et-vient entre le désir de faire éclater la vérité et les résistances du passé. La famille apparaît dans toute sa complexité humaine, entre silence, peur et volonté de protection.
La BD offre ainsi une lecture accessible, même pour les adolescents dès 12 ou 13 ans, grâce à un dessin discret et évocateur qui adoucit le propos sans perdre en intensité.
Alexandra Petit : un dessin tout en délicatesse face à l’ampleur du sujet
Le style graphique joue un rôle essentiel dans cette BD. Alexandra Petit choisit la suggestion plutôt que la brutalité. À travers des traits légers, elle enveloppe le récit d’une poésie silencieuse. Le dessin n’agresse pas le lecteur mais l’invite à ressentir sans faire mal.
Cette douceur visuelle permet d’aborder l’inceste sans effroi excessif, rendant l’album plus accessible aux lecteurs sensibles. C’est un équilibre bien délicat que Marine et Alexandra ont su trouver.
Marine Courtade elle-même souligne l’importance de ce choix artistique pour humaniser un thème si difficile à raconter. Cette alliance apporte à leur BD une force particulière, qui n’est pas dans le choc, mais dans la nuance.
La parole, levier essentiel contre le silence
Ce travail ne se limite pas à raconter un drame. Il interroge aussi les réactions de l’entourage, souvent ambivalentes. Pourquoi les proches n’osent-ils pas nommer ce qu’ils devinent ? Qu’est-ce qui empêche d’agir ou même de comprendre ?
La BD met en lumière ces zones d’ombre, ces « oubliés » du silence. Elle insiste sur le rôle crucial que peut jouer un environnement bienveillant, à défaut d’un système judiciaire implacable.
La parole devient le premier pont pour sortir de ce tabou. Ce combat, long et difficile, semble amorcé par Marine Courtade avec cette œuvre. Et pour cela, le travail mérite d’être salué.
Un prix qui met en avant la bande dessinée d’actualité et d’enquête
Le Prix franceinfo 2026 récompense une BD qui, par son courage et son humanité, ouvre des pistes de réflexion fortes. Ce prix, attribué par un jury de journalistes, souligne la puissance du médium pour traiter les faits de société complexes. En 32 éditions, il n’a cessé de révéler des auteurs engagés.
Cette année, la liste des nominés comprenait des œuvres aussi diverses que « Là où tu vas » d’Etienne Davodeau ou « Nous sommes la voix de celles qui n’en ont plus » de Paola Guzzo et Cécile Rousset. Des titres qui, chacun à leur manière, explorent des réalités souvent tues.
Le succès de « On ne parle pas de ces choses-là » confirme l’importance de donner aux bandes dessinées ce rôle de miroir social et d’encouragement au dialogue.
Source: www.radiofrance.fr
Aurore Lavaud est responsable RH dans une entreprise industrielle spécialisée dans les tubes plastiques. Appréciée pour son écoute et son sens du dialogue, elle excelle dans la gestion des conflits et le lien humain. Accessible et posée, elle incarne une approche des RH ancrée dans le réel. En dehors du travail, elle est capitaine d’une équipe de badminton qu’elle entraîne deux fois par semaine.
Commentaires
Laisser un commentaire