L’ascension de la bande dessinée : Comment elle s’est imposée en tant que 9e art
La bande dessinée, longtemps cantonnée aux rayons jeunesse, a su évoluer et s’imposer comme un véritable art. Son chemin jusqu’au rang de 9e art est un parcours passionnant, marquant un changement profond dans nos façons de lire et d’apprécier les histoires. Ce medium, mêlant image et texte, a fini par conquérir aussi bien le public que les institutions culturelles.
La naissance de la bande dessinée : des débuts modestes à l’innovation graphique
Le premier récit à combiner dessins et textes remonte à 1833 avec L’Histoire de Monsieur Jabot. Rodolphe Töpffer, son créateur suisse, n’utilise pas encore le terme “bande dessinée” mais parle de “littérature en estampes”. Pourtant, c’est un vrai tournant, même si les textes restent sous les images. L’apparition des bulles, ou phylactères, viendra seulement en 1896 aux États-Unis avec Yellow Kid de Richard Outcault.
Cette invention révolutionne la narration visuelle et pose les bases graphiques utilisées encore aujourd’hui. Les journaux américains voient dans ces cases colorées un atout commercial pour capter un public large, mais surtout jeunes ! Ces histoires rythmées et accessibles comblent facilement les espaces blancs des pages, et séduisent vite un lectorat populaire.
Le jeune lecteur, dès l’origine, au coeur du projet
L’importance de la jeunesse dans cette industrie ne doit rien au hasard. Les journaux cherchent à fidéliser un lectorat futur tout en boostant leurs ventes immédiates. En parallèle, la fin du XIXe siècle voit l’émergence d’une nouvelle conception de l’enfant dans la société occidentale. Dans les milieux bourgeois, par exemple, on reconnaît l’imaginaire propre à chaque enfant, justifiant des espaces dédiés comme la chambre individuelle et le coffre à jouets.
La bande dessinée naît donc avec une double mission, commerciale et culturelle, qui va se développer tout au long du XXe siècle.
Les années 60-70 : la BD gagne ses lettres de noblesse
Le tournant décisif se situe dans les années 1960 avec des œuvres comme Astérix et Obélix de Goscinny et Uderzo. Ces albums rencontrent un succès phénoménal et ouvrent la voie à une reconnaissance plus sérieuse de la bande dessinée. En 1964, le critique Claude Beylie parle déjà de cette forme comme du “neuvième art”.
En 1967, une exposition dédiée au neuvième art a lieu au musée des Arts décoratifs à Paris, une première jamais vue. Le festival d’Angoulême, créé en 1974, accélère cette légitimation, rassurant les détracteurs que la BD dépasse le simple divertissement enfantin.
Questionner la société : une bande dessinée adulte et engagée
Progressivement, les thèmes abordés dans la BD s’élargissent. Des magazines comme Fluide glacial saupoudrent d’humour cinglant une critique sociale utile. L’édition du roman graphique Maus en 1986 représente une étape majeure : un trait grave pour évoquer la Shoah. Ce choix audacieux montre que la BD peut explorer des sujets lourds, sans perdre son impact.
Ce genre se féminise aussi, abandonnant son image un peu macho pour s’ouvrir à un lectorat diversifié. Cette diversité nourrit une créativité qui donne toute sa richesse au neuvième art.
De la pop culture à l’art reconnu : la consécration du neuvième art
Les années récentes confirment la place de la BD dans le monde culturel. Expositions, analyses universitaires et collectionneurs passionnés affluent. En 2020, le ministère de la Culture déclare l’année “année de la BD”.
Plus que jamais, la bande dessinée séduit un public large et varié. En 2022, l’ouvrage le plus vendu toutes catégories en France est une BD documentaire sur le réchauffement climatique, Un Monde sans fin de Blain et Jancovici. Cette reconnaissance confirme que la BD n’est plus seulement un art narratif mais aussi un outil puissant pour transmettre des idées fortes.
La longue marche de la bande dessinée vers le statut de 9e art n’a pas été un chemin droit. Elle a bravé les préjugés, su s’adapter et toucher tous les publics. Aujourd’hui, face à l’image figée d’un simple objet culturel pour enfants, la BD s’impose enfin comme une expression artistique à part entière, capable de captiver, faire réfléchir et émouvoir.
Source: www.radiofrance.fr
Aurore Lavaud est responsable RH dans une entreprise industrielle spécialisée dans les tubes plastiques. Appréciée pour son écoute et son sens du dialogue, elle excelle dans la gestion des conflits et le lien humain. Accessible et posée, elle incarne une approche des RH ancrée dans le réel. En dehors du travail, elle est capitaine d’une équipe de badminton qu’elle entraîne deux fois par semaine.

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