« Itinéraires d’une pensée rebelle » : La French Theory décryptée en bande dessinée par François Cusset et Thomas Daquin
La « French Theory » débarque en BD et c’est une vraie bouffée d’air pour qui veut comprendre cette pensée complexe et rebelle. François Cusset, philosophe, et Thomas Daquin, illustrateur, réussissent à donner vie à ces idées peu accessibles sans les trahir. Le résultat ? Un parcours graphique qui montre comment cette pensée française des années 70-80 a marqué les États-Unis… et continue de faire débat aujourd’hui.
La French Theory revisitée en bande dessinée : un vrai pari réussi
On connaît souvent la French Theory pour ses grands noms comme Derrida, Foucault, Deleuze ou Baudrillard, mais la rendre claire n’est pas une mince affaire. François Cusset et Thomas Daquin s’attaquent à ce défi avec « French Theory. Itinéraires d’une pensée rebelle », une bande dessinée qui embarque le lecteur dans un voyage passionnant. L’album capte l’effervescence des campus américains où ces philosophes français ont été adoptés et parfois mal compris.
Le style graphique épouse parfaitement ce récit dense. Plutôt que de noyer le lecteur dans un jargon inaccessible, la BD déploie des images et dialogues qui rendent ce courant intellectuel vivant et accessible. C’est une vraie réussite, car la French Theory n’en ressort ni simplifiée ni caricaturée.
Ce récit invite à réfléchir sur le poids réel de ces idées et sur leur appropriation parfois décalée, notamment dans le contexte politique américain récent. Aujourd’hui, leur influence s’étend même dans des débats bien différents, parfois teintés de méfiance.
Une pensée complexe devenue objet philosophique mal identifié
Le concept de « French Theory » est en fait un raccourci américain pour désigner un ensemble d’intellectuels français, souvent perçus comme une mouvance unique. En réalité, Derrida, Foucault, Deleuze, Guattari, Baudrillard et d’autres ne forment pas une école homogène. Pourtant, leurs œuvres convergent vers une pensée rebelle et critique des structures traditionnelles du pouvoir et du savoir.
François Cusset qualifie cette expression d’« OPMI » – objet philosophique mal identifié. Ce terme souligne justement la complexité et les malentendus autour de cette pensée. Parmi ces philosophes, on trouve des figures anti-impérialistes et même des marxistes non orthodoxes, ce qui éclaire pourquoi leurs idées ont suscité autant d’intérêt mais aussi de controverses.
Thomas Daquin ajoute qu’illustrer ce parcours, c’est retracer une aventure intellectuelle pleine de tensions, d’espoirs et d’ambiguïtés, comme un jeu d’équilibriste entre conceptualisation rigoureuse et déconstruction des certitudes.
L’influence américaine : entre réception et dévoiement
Dans les campus américains, ces penseurs français ont été accueillis avec enthousiasme dès les années 70. Leurs concepts contribuaient à renouveler les humanités et à nourrir des débats sur la déconstruction, l’identité, le pouvoir ou la société. Mais cette appropriation n’a jamais été simple.
L’album de Cusset et Daquin met en lumière les malentendus intellectuels franco-américains, souvent liés à une lecture partielle voire caricaturale de la French Theory. Aux États-Unis, ces idées ont parfois été récupérées ou déformées dans des contextes politiques bien différents de leur origine.
On comprend mieux pourquoi aujourd’hui, notamment dans certains milieux « trumpistes », la French Theory alimente une forme de paranoïa. Certains voient dans ces philosophies une menace, un pouvoir occulte, presque mystique, qui dérange. Cette perception témoigne du pouvoir inattendu de ces idées, encore très vivaces.
Quand la pensée rebelle nous pousse à questionner le pouvoir
Ce qui reste fascinant avec la French Theory, c’est sa capacité à nous faire douter des évidences et des structures établies. Derrida avec la déconstruction, Foucault avec le biopouvoir, Deleuze avec les rhizomes ou Baudrillard avec les simulacres, tous contredisent le pouvoir dominant qui voudrait nous rendre dociles, cette idée que la société nous veut tristes, pour reprendre une citation de Deleuze.
La bande dessinée questionne ces marges et ces limites du pouvoir, ce qui résonne particulièrement aujourd’hui dans un monde où les tensions sociales et politiques sont omniprésentes. Au-delà du champ académique, la French Theory ouvre un débat nécessaire sur les relations de pouvoir, la liberté et notre capacité à penser autrement.
En rendant ces concepts accessibles, Cusset et Daquin offrent plus qu’un hommage à ces intellectuels. Ils proposent un véritable outil pour comprendre les enjeux contemporains et les conflits idéologiques qui traversent nos sociétés.
Source: www.humanite.fr
Aurore Lavaud est responsable RH dans une entreprise industrielle spécialisée dans les tubes plastiques. Appréciée pour son écoute et son sens du dialogue, elle excelle dans la gestion des conflits et le lien humain. Accessible et posée, elle incarne une approche des RH ancrée dans le réel. En dehors du travail, elle est capitaine d’une équipe de badminton qu’elle entraîne deux fois par semaine.

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