« Cette correspondance, un outil pour apaiser peur et colère » : les auteurs de bande dessinée témoignent
« Cette correspondance, un outil pour apaiser peur et colère » montre comment le dessin et l’échange peuvent dépasser la peur et la rage. Michèle Standjofski, dessinatrice à Beyrouth, et Charles Berberian, installé à Paris, partagent leur expérience en pleine tourmente. Leur correspondance éclaire le rôle apaisant de la création dans un contexte de guerre.
Face à une actualité lourde de souffrances, dessiner devient un moyen pour ces auteurs de mettre des mots et des images sur l’indicible. Leurs échanges brossent un tableau vivant des émotions qui traversent le Liban depuis la dernière offensive israélienne.
Le dessin comme rempart contre la peur et la colère dans un conflit
Michèle Standjofski vit au quotidien dans un pays profondément fragilisé où l’insécurité est banalisée. Le choc de la guerre la plonge dans un état de sidération qu’elle exprime à travers ses dessins. Ces traits ne sont pas que des formes ; ce sont des bouées qui permettent de ralentir et de prendre du recul face aux émotions envahissantes.
Charles Berberian, lui, enfermé à Paris, subit lui aussi la pesanteur des actualités qui obsèdent son esprit. Il raconte comment le dessin agit pour lui comme un exutoire, un lieu de dialogue où s’expriment simultanément l’horreur et, parfois, la beauté. Ensemble, ils transforment la correspondance en un pont entre le chaos et la paix intérieure.
Une correspondance née de la pandémie et ravivée par la guerre
Les deux auteurs avaient initié leur échange pendant la pandémie, un temps où le monde semblait suspendu. Quand la guerre a éclaté au Liban, Michèle a éprouvé un blocage créatif, mais le dialogue avec Charles l’a aidée à reprendre la plume et le crayon.
Charles, lui, publiait sur Instagram ses dessins sur l’actualité pour tenter de calmer sa propre peur. Ces échanges sont devenus un outil puissant pour neutraliser la colère et retrouver un peu de sérénité. Ainsi, la correspondance se révèle aussi thérapeutique qu’artistique.
Comment l’expression des émotions à travers le dessin éclaire la complexité des conflits
« Cette colère est légitime, mais elle ne doit pas paralyser la réflexion », insiste Michèle Standjofski. Exprimer cette émotion devient un premier pas vers l’apaisement. Leur travail dénonce aussi les simplifications abusives quand il s’agit de parler du conflit libanais.
Charles Berberian rappelle que le risque est de se laisser enfermer dans des accusations qui bloquent le dialogue. Par exemple, stigmatiser certains personnages politiques empêche la compréhension fine des enjeux. Leur correspondance croisée offre une pluralité de points de vue, ce qui ouvre un espace d’empathie essentiel pour toucher les « points aveugles » laissés de côté par les médias.
Le rôle crucial du témoignage intime pour dépasser la violence médiatique
Face à un flot d’informations souvent mensongères ou simplistes, les récits intimes renforcent la vérité. Michèle et Charles partagent des moments personnels, des ressentis, des anecdotes qui brisent le monolithe des discours officiels.
Ce témoignage humanise ce que beaucoup préfèrent ignorer. Car il révèle que, derrière les conflits, il y a des hommes et des femmes, de part et d’autre, qui souffrent. Et cette humanité commune devient un pont pour bâtir la paix, ou au moins, pour respirer un peu dans le chaos.
Peut-on dessiner la paix malgré un contexte instable et violent ?
Michèle Standjofski se déclare pessimiste sur les chances immédiates de paix. Pourtant, elle refuse de se battre et préfère exprimer sa colère à travers la mer et les arbres plutôt que les armes. La nature, nous dit-elle, est plus sage que l’humain et nous aide à garder la tête froide.
Pour Charles, le dessin permet un repli intérieur nécessaire pour gérer la colère sans blesser personne. Il évoque le choix de son père qui refusa une arme contre la violence, symbole fort du refus de l’escalade. Le dessin, enfin, devient un refuge où la colère s’épuise sans destruction.
Et toi, comment ça va ? réunit ces voix croisées dans un livre qui invite à la réflexion et à l’empathie. Un témoignage devenu un outil pour déminer la peur et la colère, démontrant que, parfois, dessiner c’est aussi tenter de bâtir la paix.
Source: www.humanite.fr
Aurore Lavaud est responsable RH dans une entreprise industrielle spécialisée dans les tubes plastiques. Appréciée pour son écoute et son sens du dialogue, elle excelle dans la gestion des conflits et le lien humain. Accessible et posée, elle incarne une approche des RH ancrée dans le réel. En dehors du travail, elle est capitaine d’une équipe de badminton qu’elle entraîne deux fois par semaine.
Commentaires
Laisser un commentaire